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Liaisons dangereusesMes p’tites souris sensibles, avez-vous lu les Liaisons dangereuses ? Frémi face au machiavélisme de la marquise de Merteuil et du vicomte de Valmont ? Tremblé pour la vertu de la présidente de Tourvel ? Assisté avec effroi au dévoiement de Cécile de Volanges ?

Ce roman m’a fait passer par toute la palette des émotions, et reste un des grands classiques vers lesquels je reviens, régulièrement, pour retrouver des personnages aimés, détestés, jalousés et admirés. Autant vous dire que pour trouver LE Valmont parfait de cynisme, LA Merteuil à l’idéale noirceur d’âme, la pure Madame de Tourvel et la jeune Cécile, et me satisfaire, un réalisateur doit se lever de bonne heure ! Ces liaisons dangereuses parfaites, je ne les ai encore jamais vues, mais à travers trois adaptations, j’ai trouvé mon bonheur, et les regarde à tour de rôle pour retrouver toute la perfection du roman.

Mais je vais d’abord vous parler de la seule adaptation qui m’ait déçue, celle de Vadim, Les liaisons dangereuses 1960. Pourtant, Gérard Philipe (aaah, Gérard Philipe…) en Valmont, et Jeanne Moreau en Merteuil, ça aurait pu être parfait, mais en décidant d’en faire un couple marié, Vadim pervertit l’essence même du roman : pour que Valmont puisse être blanchi à la fin du roman, pour qu’il ait un espoir de rédemption, il ne faut pas qu’il soit marié, il faut que l’amour qu’il porte à Madame de Tourvel soit pur et sans tâche, ce qui n’est pas possible s’il est déjà lié à une autre femme. De plus, dans une société libérée, le libertinage dépravé du vicomte et de la marquise choquent moins que dans le cadre du 18e siècle.

Le Valmont de Milos Forman (attention, la bande-annonce a bien vieilli !) offre des décors sublimes, des acteurs beaux et jeunes (aaaah, Colin Firth en Valmont…) et une fidélité globale au roman – la dernière scène mise à part, qui n’ajoute pas grand chose au film. Valmont et Merteuil ne sont cependant pas assez cyniques et dépravés par rapport aux personnages originaux, et le film, s’il n’est pas mauvais, a cependant beaucoup souffert de sa sortie un an après celui de Stephen Frears.

Justement, Les liaisons dangereuses de Frears, parlons-en ! La perfection presque absolue selon moi : Valmont et Merteuil sont parfaits de débauche et de noirceur et leur pacte est réellement diabolique ; Michelle Pfeiffer fait une très belle Madame de Tourvel, Keanu Reeves est charmant en chevalier Danceny, seule Uma Thurman ne convainc pas en Cécile. Si Malkovich est peut-être un peu trop âgé pour jouer Valmont, il fait cependant parfaitement ressortir le subtil caractère du vicomte – entre fascination perverse pour la marquise et amour sincère envers la présidente de Tourvel – et la fameuse scène de rupture entre cette dernière et lui est sublime de cruauté et de douleur rentrée. Il faut cependant absolument voir ce film en version originale – la règle s’applique en général de manière absolue, mais là plus encore -, la doublure étant exécrable à mes yeux (et mes oreilles, surtout !).

Enfin, last but not least, Sexe Intentions. Les liaisons dangereuses transposées dans le Upper East Side, des années avant Gossip Girl, et en beaucoup, beaucoup plus dépravé. Ce film réussit là où Vadim avait échoué : en noircissant Valmont et Merteuil, le réalisateur les rend crédibles malgré le milieu dans lequel il transpose l’action. La chimie entre Ryan Phillippe et Reese Witherspoon fonctionne à merveille, quant à Sarah Michelle Gellar, elle est aussi machiavélique et perverse que souhaitable ! Et ne parlons pas de la BO, qui est un enchantement à elle seule…

Voilà, mes p’tites souris chéries, ce que je pouvais vous dire des adaptations du roman de Laclos au cinéma. Les avez-vous vues ? Les avez vous aimées ? J’attends vos avis avec impatience !

« Adieu, ma chère et digne amie. Je vois bien dans tout cela les méchants punis ; mais je n’y trouve nulle consolation pour leurs malheureuses victimes. » (Lettre 173, de Mme de Volanges à Mme de Rosemonde)

Anne Souris