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Ryan.jpg« Premier enterrement de la guerre, et la chorale de notre petit village n’a même pas été capable de chanter juste. Les mots « Saint, saint, saint » se sont envolés comme s’ils étaient pépiés par une volée de moineaux poussifs.La faute n’en était pas à la guerre, ni à ce jeune chenapan d’Edmund Winthrop, coulé par une torpille dans son sous-marin, ni même à la direction désastreuse du pasteur. Non : nous donnions là l’ultime prestation de la chorale de Chilbury. Notre chant du cygne. »

Un vrai coup de cœur pour la si jolie couverture de ce roman publié chez Albin Michel, puis un coup de cœur pour l’histoire, voilà deux raisons plus que suffisantes pour vous recommander chaudement cet excellent roman de Jennifer Ryan.

Le postulat de départ est on ne peut plus simple : faute d’hommes, tous partis au front en ce début de Seconde Guerre mondiale, la chorale du village va devoir cesser son activité. C’est cependant sans compter sur le dynamisme et le volontarisme d’un groupe de femmes qui va, en dépit des diverses tragédies liées au conflit et des drames personnels qui s’y ajoutent, maintenir la chorale en activité et créer une réelle solidarité au sein du village, malgré les dissensions de départ. « On a beaucoup tergiversé pour savoir si on allait créer une chorale féminine, ce qui était du dernier grotesque. Bien sûr que les femmes peuvent chanter sans les hommes. Qu’est-ce que je fais dans ma baignoire toutes les semaines ? »

Ce roman si typiquement anglais commence, comme il se doit, dans la vieille église du village et va se poursuivre, pages après pages, entre cottages et manoirs, campagne verdoyante et jardins fleuris, dévoilant peu à peu les secrets, les passions et les drames des habitants de Chilbury. Ainsi qu’il est d’usage dans la littérature anglaise et dans la lignée des romans de Willa Marsh ou Agatha Christie, le lecteur fera connaissance avec des aristocrates hautains, autoritaires et arrogants, d’ambitieuses jeunes femmes, décidées à gravir les marches de la société, des veuves à la curiosité infinie et des jeunes filles en fleurs moins innocentes qu’on ne pourrait le croire. « J’ai compris alors ce que c’est d’être adulte : apprendre à trancher face à une série de choix désastreux, et s’accommoder au mieux de l’horrible compromis qui en découle. »

Jennifer Ryan a fait le pari – gagnant – de nous conter cette histoire en alternant échanges épistolaires entre personnages et extraits de leurs journaux intimes, nous permettant ainsi de connaître leurs pensées les plus secrètes tout en nous laissant dans la même ignorance qu’eux quant à l’issue de l’intrigue.

« Demain, peut-être le verrai-je apparaître à ma porte. Mais à chaque jour qui passe, les chances semblent s’amenuiser, comme une étoile lointaine qui décroît jusqu’à n’être plus que la lueur minuscule et insondable d’un souvenir. »

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En bref, un roman de très grande qualité, mêlant intrigue policière, contexte historique et cruelle comédie humaine, que je garde précieusement pour le relire dans l’avenir avec beaucoup de plaisir !

Bonne lecture !

Anne Souris