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GBRCélestine, Léonore, Lucille ou Blanche… Vos héroïnes sont toutes des jeunes filles ou jeunes femmes à forte personnalité, qui n’hésitent pas à prendre en main leur destin. Souhaitez-vous ainsi passer un message à vos lectrices ?

Gwenaële Barussaud-Robert : Vous avez raison, mes héroïnes présentent des caractéristiques communes : elles sont courageuses et déterminées. Souvent, l’histoire s’y prête : il leur faut trouver leur place dans une société en pleine mutation (le Premier Empire, le Second Empire, la naissance de la IIIème république). Des circonstances particulières (le décès d’un parent, des difficultés économiques, leur responsabilité d’aînée) les incitent aussi à prendre en main leur destin quand elles sont encore très jeunes. C’est le reflet d’une époque mais aussi une volonté personnelle d’offrir à mes lectrices des personnages qui ne sont peut-être pas des modèles mais tout au moins des exemples. Je sais, par expérience, combien on est marqué par les lectures de son enfance et comme certains romans sont constitutifs de notre personnalité. J’ai à cœur que mes héroïnes transmettent une certaine idée du courage, de la persévérance, de la volonté. Et aussi une vision positive de l’existence, pleine d’espérance et de promesses.

Vos romans se déroulent entre le Premier Empire et la Belle Epoque : est-ce une époque à laquelle vous auriez aimé vivre ou qui vous a fait rêver, enfant ?

Absolument ! J’ai une prédilection pour le XIXème siècle qui offre un éventail varié de régimes politiques – empires, monarchie, république. C’est un siècle éminemment romanesque avec ses guerres, ses révolutions, ses bouleversements. L’épopée napoléonienne en particulier offre une toile de fond rêvée pour des destins singuliers. Et puis il y a un élan, une foi en l’avenir, c’est le siècle de tous les possibles !

Enfin, je trouve un grand plaisir à employer la langue de cette époque, des tournures, des expressions que l’on jugerait un peu surannées aujourd’hui. Certains mots aussi : jadis, naguère, gentilhomme, redingote, fiacre, hélas… D’ailleurs les auteurs que je préfère – Balzac, Flaubert, Hugo – sont ceux du XIXème.

Vous êtes un auteur pour la jeunesse réputé mais avez écrit un premier roman pour adultes, « Tu seras ma beauté », et le suivant (« Le dernier bain », à paraître chez Robert Laffont) est prévu pour la rentrée littéraire 2018 : quel effet cela fait-il de passer « chez les grands » ?

C’est très différent ! Quand j’écris pour la jeunesse, je le fais dans une perspective pédagogique : transmettre un certain goût de la langue française, des connaissances sur une époque, des valeurs aussi. Je dois me mettre dans la peau d’une jeune fille de douze, seize, dix-huit ans… cela implique nécessairement une plus grande distance entre mes personnages et moi-même.

Pour la littérature générale, la liberté est immense ! Il n’y a pas d’autres contraintes que celles que l’on se fixe soi-même. On goûte une très grande liberté de langue, de structure, de sujets. La visée n’est plus pédagogique mais esthétique, dans l’usage de la langue, bien sûr, mais aussi dans le regard porté sur les situations, les êtres. J’éprouve un grand plaisir à approfondir l’analyse psychologique de mes personnages, à leur conférer une complexité que je ne m’autoriserais pas en jeunesse. Pour les jeunes héros, tout est nouveau, plus intense –les sentiments, les caractères, les situations. Le bonheur succède au chagrin de façon tranchée, très nette, comme dans l’enfance. A l’âge adulte, la vie s’écrit sur un buvard, il y a des joies teintées d’inquiétude, des succès amers, des tristesses douces…

Enfin, question de la part des frères de vos jeunes lectrices : à quand un roman dont le héros serait un jeune garçon ?!

Hélas ! Ma maîtrise de la psychologie masculine est très limitée ! J’ai grandi dans un environnement exclusivement féminin (la Maison d’Education de la Légion d’Honneur à Saint Denis) et j’ai quatre filles ! En les observant, je peux facilement créer des personnages de leurs âges, étudier leurs réactions, leurs caractères. Pour un roman dont le héros serait un garçon, il me faudrait un cobaye ! Et puis il y a tant de bons romans avec de jeunes héros masculins, chez Jules Verne, Mark Twain, Dickens, Dumas…