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Meurice« Dans ce minuscule appartement aux volets clos, le silence opère. Quelques mètres carrés au rez-de-chaussée d’un immeuble des beaux quartiers. Une ancienne loge de concierge, recluse derrière les portes d’un grand hall lumineux aux boiseries vernies et au marbre étincelant. Passé le seuil, surgissant de l’obscurité, des yeux. Identiques. Des centaines. Collés au plafond. Un même oeil photographié sur autant de cartes postales fixées côte à côte. L’observateur est observé. »

Cosme, c’est Cosme Olvera, jeune homme paumé et réfléchi, passionné de littérature et tête brûlée, voyou et poète, brillant joueur d’échecs  et cryptographe pour l’armée. Un condensé de traits de caractère contradictoire, une énergie extrême et une extrême sensibilité. Un jeune homme capable de braquer un magasin et d’écrire mieux que personne des vers dans lesquels jaillissent tout ce qu’il ne peut plus contenir. De la vie hors norme de cet ami rencontré il y a une dizaine d’années, Guillaume Meurice va tirer un livre à l’image de son héros, rédigé d’une écriture vive, saccadée, nerveuse. Prose brillante et décousue qui se fait l’écho des blitz, « ces parties [d’échecs] rapides, contraintes par le temps. Ses préférées. Un dispositif qui laisse peu de place à la réflexion. Où seules comptent sa rapidité d’action, sa prise de décision immédiate, sa recherche de la fulgurance. »

Entre Pays Basque et capitale, jamais tout à fait à sa place et jamais tout à fait satisfait, prêt à tenter toutes les expériences qui passent à sa portée, Cosme est un homme fidèle en amitié, mais aussi un écorché vif. « Dans l’écriture, il trouve un remède. Chaque angoisse, instant de doute, frustration est conservé dans une fiole interne. Essence glaciale. Future matière à création. Il ne se morfond pas mais stocke. Expérimente. Choie ses chagrins. Annihilant le concept même de déprime. »

Cosme, c’est enfin et surtout cet homme qui – fasciné par le poème Voyelles, d’Arthur Rimbaud – va le décortiquer, vers après vers, mots après mots, lettres après lettres, avec une précision chirurgicale. A la croisée des échecs et de la cryptographie, porté par son amour de la langue, Cosme va disséquer, jusqu’à ce qu’il atteigne son sens le plus profond, le secret caché derrière un sonnet écrit par un génie de 17 ans.

« Je dirai quelque jour vos naissances latentes. »

Bonne lecture !

Anne Souris