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Barussaud Robert« Ce n’est pas une baignoire. Du moins ça n’y ressemble pas. Les visiteurs du musée Grévin qui s’attardent devant la reconstitution  de l’assassinat de Marat sont surpris : ce n’est pas comme ça qu’ils s’étaient imaginé l’objet quand ils étudiaient le tableau de David, dans leurs manuels scolaires.Ça n’a même rien à voir. »

Deuxième roman pour adultes écrit par Gwenaële Robert, « Le dernier bain » sort aujourd’hui en librairie et si je n’ai qu’un conseil à vous donner c’est : foncez l’acheter !

J’avais déjà été séduite par les romans pour jeunesse et l’excellent premier roman pour adultes de Gwenaële Robert et ce dernier ouvrage sorti ne fait que confirmer sa place parmi les grands auteurs français actuels.

Tous, nous connaissons cette toile de David, représentant Marat mort, assassiné dans sa baignoire par la jeune Charlotte Corday. La baignoire de Marat. Objet fascinant et mythique, « écrin du martyr, à la fois cercueil et berceau : il fallait que l’homme meure pour que naisse sa légende ». C’est autour de cette baignoire, de ce tableau et de cet épisode fameux de la Révolution que l’auteur va broder et nous offrir une plongée passionnante dans les heures qui ont précédé et suivi l’assassinat. La figure de Charlotte Corday est en effet particulièrement romanesque, même si l’on ne sait pas grand chose d’elle. Son jeune âge, son courage, sa sérénité lors de son procès font d’elle une figure marquante de l’Histoire de France : « Charlotte regarde défiler [la valse des témoins] comme on fait au théâtre, quand la pièce est finie et que chaque acteur revient saluer le public. Elle sait qu’ils ne sont que des figurants, que l’Histoire les oubliera. Dans cette tragédie, il n’y a qu’un grand rôle, c’est le sien. »

Gwenaële Robert nous la présente en parallèle d’une jeune Anglaise fictive, Jane, déterminée elle aussi à assassiner l’Ami du Peuple et dont le destin va croiser celui de personnages historiques, Charlotte Corday bien sûr, mais aussi Marie-Antoinette ou Fouquier-Tinville entre autres et dont la vie va se jouer comme le négatif photographique de celle de Charlotte. « Derrière le mur de la Conciergerie, on entend le grincement des serrures, le cliquetis des clefs. Charlotte Corday a dû regagner sa cellule. Elle est condamnée, Jane est libre. L’Anglaise ne sait pas encore si cette liberté lui ira, si elle saura en user. Elle ignore ce que sera son avenir. […] Toutes les routes mènent vers demain. Sa vie commence. »

Avec la passion de l’Histoire qui caractérise son oeuvre et sa plume vive, Gwenaële Robert nous plonge dans ces heures sombres de l’an II de la République et nous donne en exemple cette jeune femme héroïque et fascinante. Comme Jane, nous observons – à travers les siècles – la volonté sans faille d’une jeune Normande de même pas 25 ans, idéaliste et courageuse, et admirons en elle l’aura des êtres d’exception.

« Sa voix est claire, posée. Elle a quelque chose d’enfantin qui contraste avec le sérieux de sa beauté, ce regard grave qu’elle pose sur ses inquisiteurs. Les gardes qui lui font face la considèrent avec une sorte de surprise incrédule. Est-il possible que cette demoiselle soit l’auteur de cet acte odieux ? »

Bonne lecture !

Anne Souris