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Chers adultes qui faites lire des enfants (les vôtres ou ceux des autres) !

Cette petite chronique de la bibliothèque s’adresse à vous.

Régulièrement, chaque semaine ou presque, un élève arrive, tout mignon du haut de ses 6 ou 7 ans et pose la question fatale…

« Madame, vous avez les Harry Potter ? »

Et lorsque – après avoir pris mon courage à deux mains, consciente du drame que je vais provoquer – je réponds par la négative, son visage se décompose et il réplique (rayer la mention inutile) qu’il a déjà lu les trois premiers / vu la série complète / entendu l’histoire via un grand frère, grande sœur ou cousin au troisième degré.

Certes. Mais ce n’est quand même pas une raison pour commencer à les lire ou prendre le tome suivant trop tôt.

Pourquoi suis-je convaincue qu’Harry Potter devrait être réservé aux enfants à partir de 8 ans et en échelonnant la lecture dans le temps ?

Un esprit mal intentionné pourrait y voir là la jalousie de celle qui a dû patienter un an entre la parution de chaque roman, celle qui dévorait le nouveau tome en une nuit et devait attendre 364 jours pour retrouver Harry, Ron et Hermione ! Que nenni. Ce serait bien mal me connaître, moi qui suis bien au contraire toujours la première à souhaiter transmettre le plus vite possible aux enfants les livres qui m’ont fait rêver, pleurer, rire.

Mais pas Harry Potter.

Pas l’histoire d’un orphelin, maltraité par son oncle, sa tante et son cousin, dont la vie est menacée par l’être le plus puissant et maléfique qui ait jamais existé, qui est envoyé dans une école inconnue à l’autre bout du pays, dans un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence et dont la survie repose sur ses seules épaules.

Il y a d’abord la question de l’âge des héros, même si elle n’est pas primordiale. Je ne soutiens absolument pas qu’on ne doive lire que des livres dont les héros ont notre âge ! Dans le cas des romans de JK Rowling, Harry grandit tome après tome et mûrit sous les yeux du lecteur de manière progressive. Toutefois, plus on avance dans la série, plus l’atmosphère s’assombrit, Voldemort recouvrant progressivement toute sa puissance jusqu’à atteindre un climat d’une noirceur telle, à mes yeux, que les derniers livres ne sont pas adaptés à des trop jeunes lecteurs.

Mais alors, me direz-vous, il ne faut le donner à lire qu’à partir de la 6e, à raison d’un tome par an… Si vous réussissez à faire patienter les enfants jusque-là, bravo !  Mais la tâche va être ardue.

A mon sens, il est possible de lire les deux premiers tomes dès le CE2 : la quête de la pierre philosophale et la recherche de la Chambre des Secrets procureront déjà un lot de frissons conséquents à des enfants de 8-9 ans et combleront leur désir de magie et de fantastique ! Le CM1 pourra être l’année de la découverte des tomes 3 et 4 : Harry va y apprendre qu’on ne peut pas toujours faire confiance aux adultes, que toute figure d’autorité n’est pas forcément bienveillante et que la mort peut frapper ceux qu’on aime à tout moment. Programme assez chargé pour des lecteurs de 9-10 ans, non ? Enfin, la fin de la série pourra être mise entre les mains des CM2, avec une réserve pour le dernier tome dans lequel Harry doit détruire les fragments d’âme de Voldemort ce qui entraîne une vraie réflexion sur la quête obsessionnelle de l’immortalité menée par ce dernier.

Il faut bien garder en tête que toute l’excellence de la série repose sur la profondeur des thèmes abordés : Harry Potter n’aurait pas séduit des millions de lecteurs à travers le monde sans cette profondeur. Confrontation à la mort, à la trahison, discernement du Bien et du Mal… Harry Potter s’inscrit dans la lignée des meilleurs romans d’apprentissage et il serait dommage que nos enfants n’en saisissent pas toute la richesse parce que nous leur aurions fait lire trop vite.

Gardez précieusement Harry Potter, c’est une pépite qui mérite d’être confiée au compte-goutte. Et si vous souhaitez des idées de romans fantastiques à faire lire aux plus jeunes, vous savez où me trouver !

Bonne fin de journée !

Anne-Sophie