Au fil de mes lectures·Au pays des enfants

Vango – Timothée de Fombelle

Fombelle » Paris, avril 1934. Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé. On croyait voir un champ de neige. Les hirondelles frôlaient les corps en sifflant. Ils étaient des milliers à regarder ce spectacle. Notre-Dame de Paris étendait son ombre sur la foule assemblée. Soudain, tout autour, la ville parut se recueillir. Vango avait le front contre la pierre. Il écoutait sa propre respiration. Il pensait à la vie qui l’avait conduit ici. Pour une fois, il n’avait pas peur. Il pensait à la mer, au vent salé, à quelques voix, quelques visages, aux larmes chaudes de celle qui l’avait élevé. La pluie tombait maintenant sur le parvis mais Vango n’en savait rien. Allongé par terre au milieu de ses compagnons, il ne regardait pas fleurir l’un après l’autre les parapluies. Vango ne voyait pas la foule des Parisiens réunis, les familles endimanchées, la dévotion des vieilles dames, les enfants qui passaient sous les jambes, les pigeons engourdis, la danse des hirondelles, les badauds debout sur les fiacres, ni les yeux verts, là, sur le côté, qui ne regardaient que lui.« 

Il est des livres comme des êtres humains : l’immense majorité nous plaît bien, certains nous ennuient, d’autres nous énervent. Quelques-uns – rares heureusement – nous laissent parfaitement indifférents et nous serions bien en peine de nous rappeler quoique ce soit à leur sujet. D’autres enfin – tout aussi rares – nous marquent profondément. La rencontre avec eux tient du coup de foudre et nous savons à la minute où nous les rencontrons qu’ils nous accompagneront toute notre vie. Lire la suite « Vango – Timothée de Fombelle »

Au fil de mes lectures

Les règles du jeu – Amor Towles

Towles« Le soir du 4 octobre 1966, Val et moi, tous deux dans la cinquantaine, assistâmes au vernissage de l’exposition Many Are Called au Museum of Modern Art, où l’on présentait pour la première fois les portraits pris par Walker Evans à la fin des années 30 dans le métro new-yorkais avec un appareil photo dissimulé. Il s’agissait de ce que les chroniqueurs mondains appellent « un événement ». Les hommes portaient des smokings empruntant à la palette des photos et les femmes des robes aux couleurs vives de toutes les longueurs possibles, de la cheville à mi-cuisse. Le champagne arrivait sur des petits plateaux ronds présentés par de jeunes acteurs au chômage beaux comme des dieux et gracieux comme des acrobates. Mais peu d’invités regardaient les photos. Ils étaient trop occupés à s’amuser.« 

Un délice. Un vrai délice, c’est tout ce que je pourrais me contenter de vous dire, mes chers p’tits rats de bibliothèque, au sujet de ce livre. Et normalement, si vous me faisiez confiance, vous devriez à ces simples mots vous précipiter chez votre libraire et commander immédiatement ce roman, annuler vos rendez-vous, envoyer un congé maladie fictif à votre employeur, placer vos enfants à l’hospice, mettre votre chère moitié à la porte, et vous blottir dans un fauteuil, avec un thé, un café, un whisky ou une grenadine jusqu’à ce que vous soyez arrivés à la dernière lettre du dernier mot de la dernière phrase de cet excellent roman. Bon, évidemment, si je procédais ainsi, et vous de même, ce blog n’aurait plus de raison d’être. Je vais donc développer un peu. Lire la suite « Les règles du jeu – Amor Towles »

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Pas facile d’être une Lady ! – E.M. Delafield

Delafield« 7 novembre. – Je suis en pleines plantations de bulbes d’intérieur, et voilà que Lady Boxe se fait annoncer. Je m’exclame bien sûr hypocritement que je suis ravie de la voir, et la prie de s’asseoir juste une minute pendant que je finis mes bulbes. Lady B. s’élance résolument vers le fauteuil où j’ai déjà posé deux coupes à bulbes et le sac de charbon de bois, je l’en fais dévier de justesse et elle prend le canapé. Est-ce que je sais, me demande-t-elle, qu’il est excessivement tard pour planter des bulbes d’intérieur ? Le bon moment est évidemment septembre, à la rigueur octobre. »

Bonjour, bonjour, chères souris lectrices du mois de mai !

Voici un article que je vous promets depuis un certain temps sur Facebook, mais… J’ai très égoïstement profité de mes vacances sans avoir le courage de me mettre au travail ! Voilà donc, enfin, mon avis sur ce « Journal humoristique d’une Lady ». Lire la suite « Pas facile d’être une Lady ! – E.M. Delafield »

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Le Bois du rossignol – Stella Gibbons

Gibbons« Il est difficile d’obtenir un jardin sinistre, mais le vieux Mr Wither y était parvenu. Même s’il ne travaillait pas lui-même à celui de sa maison des environs de Chesterbourne, en Essex, son manque d’intérêt pour la terre et sa répugnance à dépenser de l’argent n’étaient pas sans influencer le jardinier. Le résultat était une pelouse souffreteuse et une rocaille plâtreuse où presque rien n’attirait le regard, tandis que les arbustes sans caractère proliféraient car Mr Wither appréciait leur capacité à meubler l’espace à peu de frais. il tenait également à ce que le jardin fût soigné. Regardant par la fenêtre de la salle à manger, par une belle matinée d’avril, il songea que les pâquerettes étaient vraiment une engeance.« 

Quel homme, ce Mr Wither, quel homme ! Et ne vous y trompez pas, il se révèlera aussi peu sympathique tout au long du roman. Roman dont j’aurais voulu vous parler plus tôt mais le temps passe décidément très vite… Dire que je m’étais fixée trois publications par semaine, nous en sommes bien loin, et j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur !!! Lire la suite « Le Bois du rossignol – Stella Gibbons »