Au fil de mes lectures·Au pays des enfants

L’esclave au grain de beauté – Sylvie Baussier

Baussier« Sarah a dix ans, mais elle travaille déjà. Aussi loin que ses souvenirs remontent, elle a toujours travaillé. D’abord, elle a rendu de petits services à ses maîtres, des Blancs forcément ; puis on l’a laissée apporter le thé au salon… Mais Sarah ne rêve que d’une chose : connaître un jour la liberté. Comme tous les esclaves, elle est considérée comme un objet par ses maîtres. Ils peuvent même la vendre si l’envie leur en prend ! Cette histoire se passe dans le Sud des Etats-Unis, dans les années 1860. Nous sommes juste avant la Guerre de Sécession, qui va aboutir à l’abolition de l’esclavage…« 

Chers petits souriceaux, futurs rats de bibliothèque, puisque c’est à vous que cet article est destiné, voici un livre qui va vous mener sur les pas des riches planteurs et de leurs esclaves, dans le Sud des Etats-Unis à la fin du XIXe siècle. Lire la suite « L’esclave au grain de beauté – Sylvie Baussier »

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Les règles du jeu – Amor Towles

Towles« Le soir du 4 octobre 1966, Val et moi, tous deux dans la cinquantaine, assistâmes au vernissage de l’exposition Many Are Called au Museum of Modern Art, où l’on présentait pour la première fois les portraits pris par Walker Evans à la fin des années 30 dans le métro new-yorkais avec un appareil photo dissimulé. Il s’agissait de ce que les chroniqueurs mondains appellent « un événement ». Les hommes portaient des smokings empruntant à la palette des photos et les femmes des robes aux couleurs vives de toutes les longueurs possibles, de la cheville à mi-cuisse. Le champagne arrivait sur des petits plateaux ronds présentés par de jeunes acteurs au chômage beaux comme des dieux et gracieux comme des acrobates. Mais peu d’invités regardaient les photos. Ils étaient trop occupés à s’amuser.« 

Un délice. Un vrai délice, c’est tout ce que je pourrais me contenter de vous dire, mes chers p’tits rats de bibliothèque, au sujet de ce livre. Et normalement, si vous me faisiez confiance, vous devriez à ces simples mots vous précipiter chez votre libraire et commander immédiatement ce roman, annuler vos rendez-vous, envoyer un congé maladie fictif à votre employeur, placer vos enfants à l’hospice, mettre votre chère moitié à la porte, et vous blottir dans un fauteuil, avec un thé, un café, un whisky ou une grenadine jusqu’à ce que vous soyez arrivés à la dernière lettre du dernier mot de la dernière phrase de cet excellent roman. Bon, évidemment, si je procédais ainsi, et vous de même, ce blog n’aurait plus de raison d’être. Je vais donc développer un peu. Lire la suite « Les règles du jeu – Amor Towles »

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Quand l’empereur était un dieu – Julie Otsuka

Otsuka« La pancarte avait fleuri du jour au lendemain. Sur les panneaux d’affichage, sur les arbres, au dos des bancs installés aux arrêts d’autobus. Placardée à la vitrine du bazar Woolworth’s. Placardée à côté de l’entrée de la YMCA. Agrafée sur la porte du tribunal d’instance et clouée, à hauteur d’homme, sur chaque poteau téléphonique le long d’University Avenue.« 

Encore une fois, Julie Otsuka fait revivre sous nos yeux l’histoire de la communauté japonaise aux Etats-Unis. Avec toute la pudeur et la sensibilité qui caractérisent son style (et qui sont parfaitement traduits par Bruno Boudard), elle dessine avec justesse, cynisme et tendresse le terrible exode – la déportation même – imposé aux ressortissants japonais vivants aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Lire la suite « Quand l’empereur était un dieu – Julie Otsuka »

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Les Suprêmes – Edward Kelsey Moore

Kelsey Moore« Je me réveillai en nage ce matin-là. J’avais dormi profondément, ma chemise de nuit me collait à la peau, le visage me picotait. Troisième fois cette semaine. 4h45 luisait au réveil posé sur la coiffeuse à l’autre bout de la chambre. J’entendais le ronronnement du climatiseur et sentais l’air me caresser les joues. Avant de me coucher, j’avais réglé le thermostat sur seize. Logiquement il devait faire frais. Logiquement oui, et je pouvais même en être sûre car mon mari, James, qui ronflait à côté de moi, était habillé comme en plein hiver alors que nous étions mi-juillet. Il dormait comme un bébé – un bébé d’âge mûr, d’un mètre quatre-vingts et complètement chauve – enveloppé dans un cocon qu’il s’était fabriqué avec le drap et la couverture que j’avais envoyés valser pendant la nuit. Seul le haut de son crâne marron dépassait des draps à fleurs. Pourtant, tout en moi hurlait qu’il faisait au moins cinquante degrés.« 

Du rire au larmes, de la colère à l’attendrissement, du désespoir à l’hilarité : attendez-vous, chères p’tites souris, à passer par tout l’arc-en-ciel des émotions en compagnie de ces Suprêmes. J’avais tellement envie de vous recommander ce livre que j’ai passé deux jours, crayon en main, à noter tous les passages que je voulais partager avec vous, et à espérer que vous vous empresserez de le lire à votre tour ! Et maintenant qu’il faudrait que je vous en parle, me voilà à court de mots ! Lire la suite « Les Suprêmes – Edward Kelsey Moore »

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Les jeunes mariés – Nell Freudenberger

Freudenberger« Amina n’avait pas entendu le facteur, mais elle décida d’aller voir. Au cas où. Si on l’apercevait, on saurait qu’il y avait désormais quelqu’un dans la journée quand George était au bureau. On la verrait courir en pantoufles sans manteau jusqu’à la boîte aux lettres et on en conclurait que c’était chez elle. Elle s’était installée là. La boîte aux lettres était neuve. Amina l’avait achetée sur Internet avec la carte de crédit de George et elle n’avait pas choisi la moins chère. George avait dit qu’il leur fallait quelque chose de solide et Amina avait mis son cerveau bangladais en veilleuse et commandé le modèle rustique très robuste en noir laqué à quatre-vingt dix dollars.« 

Bonjour bonjour ! Voilà une lecture qui m’a pris beaucoup de temps alors que je n’en avais pas tant que ça, et j’ai bien cru même la lâcher à un moment… Et cela aurait été une bêtise ! Lire la suite « Les jeunes mariés – Nell Freudenberger »

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Une vie merveilleuse – Laurie Colwin

colwin« Guido Morris et Vincent Cardworthy étaient cousins au troisième degré. Personne ne se rappelait si un Morris avait épousé une Cardworthy ou si c’était l’inverse, et personne ne s’en souciait, sauf aux grandes réunions de famille où ce sujet était débattu par tous. Vincent et Guido étaient amis depuis qu’ils étaient bébés. On les avait promenés dans le même landau, et quand ils étaient petits, on les réunissait souvent, soit à la maison des Cardworthy à Petrie, dans le Connecticut, soit chez les Morris à Boston, pour jouer aux billes, grimper aux arbres et faire exploser de gros pétards dans des poubelles et des boîtes aux lettres. A l’adolescence, ils buvaient de la bière en cachette et s’entraînaient à fumer les cigares du père de Guido, ce qui ne les rendait pas malades mais heureux. A l’âge adulte, tous deux savaient apprécier un bon cigare. »

Bonsoir mes p’tites souris ! Voici un court roman dont j’ai découvert l’auteur récemment, mais dont je n’avais entendu que du bien : au final je n’ai pas été déçue ! C’est un roman sur le passage à l’âge adulte par la découverte du couple ou comment Vincent et Guido, par la rencontre avec les jeunes femmes qui deviendront leurs épouses, Misty et Holly – aussi différentes soient-elles – vont basculer dans le monde des « grands ». Lire la suite « Une vie merveilleuse – Laurie Colwin »

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Le Château de Verre – Jeannette Walls

Walls« Je me demandais dans le taxi si je n’étais pas trop habillée pour la soirée quand j’ai aperçu maman en train de fouiller dans une benne à ordures. La nuit venait juste de tomber. Les bourrasques de vent du mois de mars balayaient la fumée s’échappant des soupiraux et les passants marchaient vite, le col relevé. J’étais bloquée dans les embouteillages à deux rues de la réception ou j’étais attendue. Maman était à cinq mètres. Elle s’était entouré les épaules de chiffons pour se préserver de la fraîcheur printanière et faisait son choix dans la poubelle pendant que son chien, un terrier croisé noir et blanc, jouait à ses pieds. »

Avez-vous passé un bon congé de fin de semaine, mes p’tites souris chéries ? Moi oui ! Et en particulier grâce à ce livre. Bon, grâce au soleil aussi. Mais surtout grâce à ce livre, qu’une amie m’avait conseillé, pour faire un parallèle avec Tom, petit Tom. Quelle excellente idée elle a eu ce jour-là !!! Lire la suite « Le Château de Verre – Jeannette Walls »

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Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

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« Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient jamais mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles.« 

Voici tout juste 48h que j’ai reçu ce livre, et je ne peux le lâcher. Julie Otsuka retrace ici avec une force poignante l’histoire de ces femmes qui, au début du XXe siècle, quittaient le Japon, leurs villages, leurs familles pour aller en Amérique épouser des hommes qu’elles n’avaient jamais vu, et auxquels elles seraient dorénavant liées. Lire la suite « Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka »