Au fil de mes lectures

Ashford Park – Lauren Willig

willig« Les gants d’Addie étaient tachés de sueur et de poussière rouge. Et s’il n’y avait que ses gants ! Baissant les yeux, elle grimaça en regardant sa robe, d’un beau gris perle à l’origine et à présent noircie par la fumée et maculée d’ocre. Même dans la faible lumière qui filtrait à travers l’épaisse moustiquaire recouvrant les fenêtres, il était évident que les dégâts étaient irréparables. La tenue de voyage qui lui avait paru si chic à Londres s’était révélée un bien mauvais choix pour le long trajet ferroviaire au départ de Mombasa.« 

Kenya, 1926. New York, 1999. Ashford, 1906.

Ashford, 1906. Kenya, 1926. New York, 1999.

Dans un perpétuel va-et-vient entre les lieux et les dates, Lauren Willig nous entraîne, à la suite d’Addie, au coeur d’une sombre tragédie familiale qui plonge ses racines dans le domaine familial d’Ashford Park pour étendre ses ramifications à Londres et au Kenya mais dont les fruits ne pourriront qu’à la fin du siècle, de l’autre côté de l’Atlantique. Lire la suite « Ashford Park – Lauren Willig »

Au fil de mes lectures

La bibliothèque des coeurs cabossés – Katarina Bivald

Bivald« L’inconnue qui se tenait dans la rue principale de Hope était si quelconque que c’en était presque choquant. Une silhouette morne et sans formes vêtue d’un manteau gris de mi-saison, bien trop chaud pour cet automne. Un sac à dos gisait à ses pieds et une énorme valise était appuyée sur une fine poignée télescopique. Aux yeux des habitants qui avaient assisté par hasard à son arrivée, négliger à ce point son apparence était un manque certain de savoir-vivre. Comme si cette femme se moquait éperdument de leur faire bonne impression. »

Broken Wheel, Iowa. Une ville perdue au milieu des champs de maïs, au fin fond des Etats-Unis. Ses chômeurs, ses désillusions, son ennui… et sa touriste suédoise. Lire la suite « La bibliothèque des coeurs cabossés – Katarina Bivald »

Au fil de mes lectures

L’éveil de Mademoiselle Prim – Natalia Sanmartin Fenollera

Melle Prim« A Saint-Irénée d’Arnois, tout le monde commenta l’arrivée de Melle Prim. L’après-midi où ils la virent traverser le village, elle n’était qu’une postulante qui se rendait à un entretien, mais les habitants du lieu se connaissaient assez pour savoir qu’un emploi vacant, chez eux, était un bien éphémère. »

Bonjour !

A dire vrai, je ne sais trop par où commencer la critique de ce livre que j’ai pourtant dévoré en quelques heures, un roman surréaliste aussi délicieux qu’une gourmandise dégustée avec un thé chaud, dans une vieille maison de famille, un après-midi d’hiver, au coin du feu. Un  petit bijou littéraire enchanteur, de la première à la dernière ligne. Lire la suite « L’éveil de Mademoiselle Prim – Natalia Sanmartin Fenollera »

Au fil de mes lectures

Les Braises – Sándor Márai

Marai« A l’aube, le vieux général était allé dans la vigne pour s’occuper, avec le vigneron, de deux fûts en fermentation. Il a avait passé la matinée dans le cellier. Le tirage du vin dans la cave l’avait retenu jusqu’à onze heures, après quoi il était rentré chez lui. Dans la fraîcheur du vestibule à colonnes, le garde-chasse attendait son maître pour lui remettre une lettre. »

Une lettre. La lettre d’un homme que le général n’a pas vu depuis 41 ans et 43 jours. Un homme qui a tourmenté l’âme du général, inlassablement, depuis 41 ans et 43 jours. Un homme qui, il y a bien longtemps – 41 ans et 43 jours – était son meilleur ami, son frère, son double. Lire la suite « Les Braises – Sándor Márai »

Au fil de mes lectures·La vie des autres

Je te vois reine des quatre parties du monde – Alexandra Lapierre

Lapierre« Par une nuit d’éclipse, sur le sable noir d’une île inconnue au coeur du Pacifique, le navigateur Alvaro de Mendaña se meurt. Il abandonne son épouse parmi les complices des mutins qu’il a fait exécuter. Elle se tient debout à son chevet. Elle a vingt-sept ans. Elle l’aime. Elle le perd. Au-dessus d’eux, sur des tréteaux, se dresse la grande statue de la Vierge qu’on a débarqué du navire : une Madone aux bras ouverts qui protège, dans les plis de sa cape, l’effigie peinte en trompe l’oeil des quatre vaisseaux de l’expédition. »

Bonjour bonjour, chères souris aventurières ! C’est par cette description poignante, digne des plus grands romans d’aventure, que commence le livre d’Alexandra Lapierre sur Doña Isabel Barreto, que j’ai découvert grâce à Mathilde (merci !).

Isabel Barreto : le nom seul est promesse d’aventures, synonyme des Grandes Découvertes du Siècle d’Or espagnol, au rythme des chevauchées des conquistadors et de la colonisation du Nouveau Monde. Lire la suite « Je te vois reine des quatre parties du monde – Alexandra Lapierre »

Au fil de mes lectures

Le sourire des femmes – Nicolas Barreau

Barreau« L’année dernière, en novembre, un livre m’a sauvé la vie. Je sais que cela semble très peu vraisemblable. Certains pourraient trouver extravagant ou mélodramatique que je dise ce genre de chose. Malgré tout, c’est précisément ce qui s’est passé. Pourtant, personne n’avait visé mon coeur ; la balle n’était pas venue se ficher miraculeusement entre les pages d’une épaisse édition reliée en cuir des poèmes de Baudelaire, comme on le voit parfois dans les films. Je ne mène pas une existence aussi palpitante. Non, mon imbécile de coeur avait déjà été blessé. Un jour qui ressemblait à tous les autres.« 

Bonjour bonjour, chères souris de tous horizons ! Avez-vous passé de bonnes vacances ? Comment s’est passée la rentrée ? Avez-vous lu le livre de V.T. ? (Heu non, ça on en parlera une prochaine fois !)

Voici, chers tous, un joli livre qui vous redonnera un petit arrière-goût de vacances, une impression de légèreté et de bonheur teintée de sépia. Lire la suite « Le sourire des femmes – Nicolas Barreau »

About Jane·Au fil de mes lectures

Longbourn – Jo Baker

Baker« There could be no wearing of clothes without their laudering, just as surely as there could be no going without clothes, not in Hertfordshire anyway, and not in September. Washday could not be avoided, but the weekly purification of the household’s linen was nonetheless a dismal prospect for Sarah.« 

Ce qui, dans la langue de Molière, donnerait à peu près : « De même qu’il était impossible de se promener sans habits, de même on ne pouvait pas porter des habits sans les laver, en tout cas pas dans le Hertfordshire, et pas en septembre. Le jour de lessive ne pouvait pas être évité, mais le nettoyage hebdomadaire du linge de maison était néanmoins une perspective lugubre pour Sarah.« 

Figurez-vous, mes chères petites souris, que ce roman était sur ma liste-de-livres-à-acheter-puis-à-éparpiller-pour-que-Mari-Chéri-les-trouve-progressivement, quand, le premier jour des vacances, ma petite Maman me l’a offert comme cadeau souvenir de son voyage en Ecosse ! Top top top !

Imaginez donc : Orgueil et Préjugés narré du point de vue des domestiques, bref, Jane Austen à Dowton Abbey ! Lire la suite « Longbourn – Jo Baker »

Au fil de mes lectures

Le Bois du rossignol – Stella Gibbons

Gibbons« Il est difficile d’obtenir un jardin sinistre, mais le vieux Mr Wither y était parvenu. Même s’il ne travaillait pas lui-même à celui de sa maison des environs de Chesterbourne, en Essex, son manque d’intérêt pour la terre et sa répugnance à dépenser de l’argent n’étaient pas sans influencer le jardinier. Le résultat était une pelouse souffreteuse et une rocaille plâtreuse où presque rien n’attirait le regard, tandis que les arbustes sans caractère proliféraient car Mr Wither appréciait leur capacité à meubler l’espace à peu de frais. il tenait également à ce que le jardin fût soigné. Regardant par la fenêtre de la salle à manger, par une belle matinée d’avril, il songea que les pâquerettes étaient vraiment une engeance.« 

Quel homme, ce Mr Wither, quel homme ! Et ne vous y trompez pas, il se révèlera aussi peu sympathique tout au long du roman. Roman dont j’aurais voulu vous parler plus tôt mais le temps passe décidément très vite… Dire que je m’étais fixée trois publications par semaine, nous en sommes bien loin, et j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur !!! Lire la suite « Le Bois du rossignol – Stella Gibbons »

About Jane·Au fil de mes lectures

La veuve Barnaby – Frances Trollope

Trollope« Miss Martha Compton et sa soeur miss Sophy étaient, il y a vingt-cinq ans, les principales beautés de la jolie ville de Silverton, dans le Devon. Leur père, le révérend Josiah Compton, était un homme extrêmement digne, bien qu’on le distinguât davantage pour son caractère égal que pour l’éclat de ses talents ou la profondeur de son érudition. Il était le fils d’un petit propriétaire terrien, établi près de Silverton, qui cultivait son propre patrimoine de 300 hectares avec zèle et habileté et dont la principale ambition dans la vie était de voir son fils unique, Josiah, avoir le privilège de porter le préfixe Rev. devant son nom. »

Me voilà de retour de vacances, chers souris et rats de bibliothèque ! Et comme à chaque fois, je vais vous dire que je suis désolée de vous avoir laissés aussi longtemps sans article, tout en étant très heureuse d’avoir fait une vraie coupure. Alors, pour me faire pardonner, je vous offre mon plus joli souvenir de vacances : le lever de soleil dans le jardin, sur les vignes et le cèdre.

cèdre Lire la suite « La veuve Barnaby – Frances Trollope »

Au fil de mes lectures

La cravate – Milena Michiko Flasar

Flasar« Je l’appelais Cravate. Le nom lui plaisait. Il le faisait rire. Des bandes rouges et grises sur sa poitrine. C’est ainsi que je veux le garder dans mon souvenir. Sept semaines se sont écoulées depuis que je l’ai vu pour la dernière fois. Au cours de ces sept semaines l’herbe a séché et jauni. Les cigales chantent dans les arbres. Le gravier crisse sous mes pieds. A la lumière intense du soleil de midi, le parc semble étrangement dépeuplé. Des fleurs éclatent aux branches lasses qui se penchent vers le sol. Un mouchoir bleu pâle dans le fourré, pas le moindre souffle de vent pour l’agiter. L’air est lourd et pèse sur la terre. Je suis dans un étau. Je prends congé d’une personne qui ne reviendra plus.« 

Voici, chères souris de bibliothèque intriguées, un roman japonais écrit par une Autrichienne. Oui, oui, la mondialisation de la littérature, ça existe aussi. Bon, pour être plus exacte, il s’agit d’un roman se déroulant au Japon, écrit par une Austro-japonaise (ou nippo-autrichienne, comme vous préférez !) – mais c’est moins drôle. Lire la suite « La cravate – Milena Michiko Flasar »