Il est très très rare que je lise les Goncourt mais mardi matin, quand j’ai pris le train pour aller travailler à Paris, je me suis rendue compte que j’avais oublié de prendre un livre et j’ai donc acheté « Veiller sur elle » au tabac-presse de la gare.
J’en avais entendu beaucoup de choses : top, sympa, décevant, sans intérêt…

Je me suis donc plongée dedans sans aucune attente particulière et j’ai été conquise par l’histoire, par les personnages, par cette fresque qui retrace la vie de Mimo et Viola, lui nain, elle aristocrate, dans l’Italie des années 1910-1950.
Un mystère plane sur la vie de Mimo, sculpteur génial, alors qu’il est sur le point de rendre l’âme et on apprend au milieu de roman qui est cette « elle » sur laquelle veillent quelques religieux dans un monastère perdu dans les montagnes italiennes.
Mais « elle » dans ce roman, c’est également la fascinante Viola, fantasque, brillante, cultivée et perdue dans un monde qui n’est pas fait pour elle. Veiller sur elle, pour lui permettre de vivre ses fantaisies ou pour la cloîtrer, elle, la folle…
« Elle », c’est aussi la famille Orsini, ces aristocrates plein de morgue, ce clan qu’il faut protéger, pour lequel il faut se battre et faire compromis et compromissions.
« Elle », c’est la vallée de Pietra d’Alba, c’est l’Église, c’est l’Italie fasciste, personnages à part entière de ce roman prenant, familles symboliques sur lesquelles chacun des héros veille à sa manière.
Enfin, « elle », c’est l’amitié entre les deux héros, amitié improbable qui déjoue les classes sociales, les erreurs de jeunesse, les ambitions, les trahisons… Cette amitié qui prend soin de Mimo et Viola et les relève quand la vie les fracasse. Veiller sur elle, c’est savoir tout bousculer quand il le faut, se remettre en question, oser partir.
Un roman foisonnant, une intrigue bien menée, des personnages attachants : un excellent roman, que je recommanderai sans hésiter.
Mais une fois la lecture achevée, une question reste : malgré ses qualités que je ne nie absolument pas, pourquoi le Goncourt ?
Anne-Sophie
