Au fil de mes lectures

Un jardin pour royaume – Gwenaële Robert

« Je ne suis plus reine de rien, depuis que les enfants ont déserté le royaume que j’avais façonné pour eux. Une reine n’existe que par ses sujets et les miens sont partis. Ce ne fut pas un drame, à peine un évènement. »

La destruction de son royaume.
Le souvenir du royaume perdu de l’enfance.
Un jardin pensé et conçu par un aristocrate visionnaire, ardent admirateur de Rousseau, qui lui offrit là son royaume éternel.
Trois voyages en un dans lequel nous entraîne la narratrice, avec la douceur et la poésie qui caractérisent l’écriture de Gwenaële Robert : mélancolie, regret de ce qui n’est plus, vacuité du quotidien dans un foyer déserté par les enfants…
Cette femme ne sait pas comment vivre le reste de sa vie. Elle connaît la théorie, les grands principes, mais confrontée à la réalité de l’absence, les murailles de son royaume s’effondrent et elle s’enfonce dans une spirale désespérée.
C’est de Jean-Jacques Rousseau – qu’elle n’aime pas, nous précise-t-elle – que viendra la rédemption, via un séjour à Ermenonville, où le philosophe passa les derniers jours de sa vie. Dans ce château picard, si proche de la maison de son enfance, les souvenirs vont resurgir et affluer – douloureux, incompréhensibles, doux, drôles…

Et c’est ainsi qu’elle comprend.
Qu’il s’agisse du marquis de Girardin, qui souhaitait créer sur ses terres un système agricole utopique (ou en tout cas trop en avance sur son temps) ou de ses parents qui trouvèrent refuge sur ces terres picardes, tous furent confrontés tôt ou tard – sous la forme d’une révolution politique ou sociale – à la réalité de la société. Peut-on protéger nos enfants de nos utopies d’adultes ?

Il est temps alors pour la narratrice de quitter les lieux de son enfance et de retourner dans son royaume mais en lui laissant une juste place, en y étant « en somme une bergère plus qu’une reine ».

Un roman absolument bouleversant, exceptionnel de pudeur et sincérité mélangées ; des pages sur l’enfance qui rejoignent le Neverland de Timothée de Fombelle ; et une réflexion sur la fatalité du destin qui est loin d’être dénuée d’espoir. Bravo, Gwenaële, pour cette merveilleuse lecture.

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