« Les gants d’Addie étaient tachés de sueur et de poussière rouge. Et s’il n’y avait que ses gants ! Baissant les yeux, elle grimaça en regardant sa robe, d’un beau gris perle à l’origine et à présent noircie par la fumée et maculée d’ocre. Même dans la faible lumière qui filtrait à travers l’épaisse moustiquaire recouvrant les fenêtres, il était évident que les dégâts étaient irréparables. La tenue de voyage qui lui avait paru si chic à Londres s’était révélée un bien mauvais choix pour le long trajet ferroviaire au départ de Mombasa.«
Kenya, 1926. New York, 1999. Ashford, 1906.
Ashford, 1906. Kenya, 1926. New York, 1999.
Dans un perpétuel va-et-vient entre les lieux et les dates, Lauren Willig nous entraîne, à la suite d’Addie, au coeur d’une sombre tragédie familiale qui plonge ses racines dans le domaine familial d’Ashford Park pour étendre ses ramifications à Londres et au Kenya mais dont les fruits ne pourriront qu’à la fin du siècle, de l’autre côté de l’Atlantique. Lire la suite « Ashford Park – Lauren Willig »

« Je ne sais pas grand chose des origines de ma famille. Elle vient de Freudenthal, un petit village proche de Stuttgart. Je crois qu’avant le XVIIIe siècle, les Juifs allemands ne portaient pas de nom de famille. Il n’y avait qu’environ cinq cents Juifs dans tout le Wurtemberg ; ils étaient exclus des grandes villes et dépendaient entièrement du bon vouloir du duc, qui pouvait les expulser à tout moment et ne les gardait qu’aussi longtemps qu’il en tirait quelque bénéfice. »

« A Saint-Irénée d’Arnois, tout le monde commenta l’arrivée de Melle Prim. L’après-midi où ils la virent traverser le village, elle n’était qu’une postulante qui se rendait à un entretien, mais les habitants du lieu se connaissaient assez pour savoir qu’un emploi vacant, chez eux, était un bien éphémère. »
« Sam, les yeux clos, couché à la renverse, gisait au bord du lit large et bas. Il lui suffisait, semblait-il, de faire un simple mouvement pour rouler sur la peau de chèvre qui couvrait l’épaisse moquette rouge : sa main pendait vers la fourrure aux longs poils gris, elle tenait serré un revolver, le coup l’avait rejetée loin du corps. Son visage était tranquille et regardait le plafond, seule la tempe noire qui avait reçu le coup (et qui avait cessé de saigner depuis longtemps) donnait à la vague de cheveux roux et au front livide couvert de taches de rousseur quelque chose d’inhabituellement triste. »

