« Il avait oublié les odeurs puissante des Halles, les voies hurlées, le choc des charrettes croulant sous les légumes et les fruits. Il est heureux de retrouver sa ville. Le premier soleil enlumine les gargouilles de la tour Saint-Jacques. Les balayeurs abandonnent le parvis de la gare St-Lazare et aux terrasses voisines, l’odeur du café se mêle à l’encre fraîche des quotidiens du matin. La vieille clocharde de la rue de Seine replie soigneusement son lit de journaux. La sirène d’un remorqueur sous le Pont-Neuf, le tremblement des réverbères qu’on éteint, les cigarettes qui rougeoie entre chien et loup, à cette heure incertaine où ceux qui vivent à contretemps, ceux dont c’est l’ivresse, vont s’écrouler quelques heures. Robert est de ceux-là. Pour lui, la vie ne saurait se limiter aux jours. »
Journaliste, écrivain, chroniqueur radio, peintre et résistant, « poète et bon vivant, membre de la racaille surréaliste, comme [les] appellent les vieilles barbes », Robert Desnos (1900-1945) aura vécu mille vies. Lire la suite « Légende d’un dormeur éveillé – Gaëlle Nohant »

« Je ne sais pas grand chose des origines de ma famille. Elle vient de Freudenthal, un petit village proche de Stuttgart. Je crois qu’avant le XVIIIe siècle, les Juifs allemands ne portaient pas de nom de famille. Il n’y avait qu’environ cinq cents Juifs dans tout le Wurtemberg ; ils étaient exclus des grandes villes et dépendaient entièrement du bon vouloir du duc, qui pouvait les expulser à tout moment et ne les gardait qu’aussi longtemps qu’il en tirait quelque bénéfice. »






