Au fil de mes lectures

Un profil perdu – Françoise Sagan

Sagan« La soirée se passait chez Alfern, un médecin mondain, et j’avais beaucoup hésité à m’y rendre. L’après-midi que je venais de vivre avec Alan, mon mari, un après-midi qui condamnait quatre ans d’amour, de coups, de tendresse et de révoltes, cet après-midi, j’aurais préféré le finir dans les bras de Morphée ou dans ceux de l’ivresse. Mais en tout cas, seule. Bien entendu, en excellent masochiste qu’il était, Alan avait insisté pour que nous allions à cette soirée. Il avait repris son beau visage et il souriait quand on lui demandait ce que devenait le couple le plus uni de Paris.« 

Figurez-vous, chers rongeurs divers et variés, qu’en dehors du roman Bonjour Tristesse, je n’avais jamais rien lu de Sagan – alors même que ce dernier m’avait énormément plu, à l’époque de mes 17 ans… Voilà une erreur réparée, à ma plus grande satisfaction !

Si le terme de roman initiatique est trop fort, Un profil perdu est tout de même la chronique d’une naissance, ou plutôt d’une renaissance à soi et au monde, celle de Josée, qui devra renoncer à sa confondante naïveté et s’affranchir du regard des autres pour réussir à construire sa vie : « je me sentais sauvée. Sauvée d’un danger imprécis et sans relief mais qui par là me semblait à présent mille fois plus grave que tous les dangers que j’avais pu connaître : j’avais failli me prendre au sérieux, appartenir à des gens sans les aimer, j’avais failli m’ennuyer et appeler cet ennui autrement que par son nom« . Lire la suite « Un profil perdu – Françoise Sagan »

Au fil de mes lectures

Rêveuse bourgeoisie – Pierre Drieu la Rochelle

Drieu (2)« Mme Ligneul descendait la côte. En dépit du fort soleil d’août, elle marchait d’un bon pas. Ses jupes ramassées dans la main gauche, elle maniait comme une canne son ombrelle fermée ; de temps en temps, elle en donnait un coup vif sur son chapeau à fleurs pour être sûre qu’il suivait le mouvement. A mi-voix elle pestait contre corset et volants. Elle n’en était pas moins correctement habillée, mais comme une femme de quarante-cinq ans pour qui la coquetterie n’a jamais existé.« 

Drieu la Rochelle : ce nom m’a toujours interpellée mais je ne m’étais jamais résolue à ouvrir un de ses romans, tiraillée que j’étais entre l’envie de découvrir ce grand auteur français et une certaine appréhension due à la vie sulfureuse de l’écrivain. Lire la suite « Rêveuse bourgeoisie – Pierre Drieu la Rochelle »

De la page à l'écran

Les Misérables – Victor Hugo

hugo« Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange ;
La chose simplement d’elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va. »

Vous connaissez sans doute l’émouvante épitaphe de la tombe de Jean Valjean (nous avions joué avec il y a quelques temps..), ainsi que les destins croisés de Jean Valjean, Cosette, Fantine, Marius, Javert et des Thénardier. Hugo le disait : « Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal, de mon œuvre.« 

Aujourd’hui, ce n’est pas de ce superbe roman dont je vais vous parler mais de ses différentes adaptations cinématographiques. S’agissant d’un de mes romans préférés, je suis particulièrement exigeante quant au résultat sur grand écran… Voici ma sélection, du pire au meilleur !

Lire la suite « Les Misérables – Victor Hugo »

Au fil de mes lectures

Messieurs les ronds-de-cuir – Georges Courteline

Courteline« A l’angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de Solferino, un régiment de cuirassiers qui regagnait au pas l’Ecole militaire força Lahrier à s’arrêter. Il demeura les pieds au bord du trottoir, ravi au fond de ce contretemps imprévu qui allait retarder de quelques minutes encore l’instant désormais imminent de son arrivée au bureau, conciliant ainsi ses goûts de flâne avec le cri indigné de sa conscience. Simplement – car l’énorme horloge du ministère de la Guerre sonnait la demie de deux heures -, il pensa : – Diable ! encore un jour où je n’arriverai pas à midi.« 

Découvert sur une étagère du gîte où nous avons passé les vacances, ce livre a fait mon bonheur entre Noël et le Nouvel An ! Un pur bijou de cynisme, d’ironie et de (pas si) gentille caricature de l’administration française… Lire la suite « Messieurs les ronds-de-cuir – Georges Courteline »

Au fil de mes lectures·La vie des autres

Le frémissement de la grâce – Jean-Christian Petitfils

PetitfilsBonjour, bonjour, chers lecteurs !

Me voilà de retour, après une période très très chargée ! Merci pour votre fidélité et votre patience. Il y a plusieurs livres dont je vous parlerai, en particulier des idées de cadeaux pour les enfants.

Mais aujourd’hui, voici un roman qui m’a emballé (et pas uniquement parce que je suis une inconditionnelle de Jean-Christian Petitfils, comme vous vous en souvenez sans doute) et que j’ai dévoré en une soirée malgré la fatigue !

« Par deux fois les sirènes emplissent l’air de leurs sons plaintifs et déchirants. C’est le départ ! Crachées des deux hautes cheminées blanche et noire, des volutes de fumée peinent à s’échapper, puis s’étoffent avant de rejoindre l’encre du ciel. Des lumières blafardes éclairent le pont, où des boys à la manoeuvre courent en hurlant des ordres inintelligibles. Tirant et déroulant les cordages goudronnés, ils larguent les amarres. Dans le ronflement sourd des hélices, le steamer de la London, Brighton and South Coast Railway s’éloigne lentement du quai.« 

Il emporte à son bord le jeune Henri Fournier, qui part quelques mois à Londres pour améliorer son anglais. C’est ainsi que nous faisons connaissance avec ce jeune homme délicat, rêveur, perfectionniste, futur père du Grand Meaulnes. Avez-vous, vous aussi, rêvé avec ce roman ? Etes-vous restés éveillés la nuit, penchés sur ces lignes oniriques, à la simple lueur d’une lampe de chevet, découvrant avec merveille les noces du beau Frantz de Galais et espérant que Meaulnes retrouvera le château mystérieux et la si belle Yvonne de Galais ? Le Grand Meaulnes est le roman de l’adolescence par excellence à mes yeux : tous les enfants devraient le lire au moment du passage à l’âge adulte, afin de découvrir la pureté et la beauté d’un amour absolu et d’une amitié constante, la quête d’un idéal et la fidélité à une promesse faite. Lire la suite « Le frémissement de la grâce – Jean-Christian Petitfils »

Au fil de mes lectures

La fille Elisa – Edmond de Goncourt

Goncourt

« La femme, la prostituée condamnée à mort, était la fille d’une sage-femme de la Chapelle. Son enfance avait grandi dans l’exhibition intime et les entrailles secrètes du métier. Pendant de longues maladies, couchée dans un cabinet noir attenant à la chambre aux speculum, – le cabinet de visite de sa mère, – elle entendit les confessions de l’endroit. Tout ce qui se murmure dans des larmes, tout ce qui parle haut dans un aveu cynique, arriva à ses jeunes oreilles. La révélation des mystères et des hontes du commerce de l’homme et de la femme de Paris vint la trouver dans sa couchette, presque dans son berceau. »

Bonjour mes souris jolies, aujourd’hui, c’est Géraldine qui nous recommande une de ses lectures. N’oubliez pas que la page « Du côté de chez vous » est la vôtre ! Je laisse donc la plume… Lire la suite « La fille Elisa – Edmond de Goncourt »

Au fil de mes lectures

Le confident – Hélène Grémillon

Grémillon« Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C’était un événement, car dans ma vie je n’ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie. »

Voici un de mes coups de coeur de l’été ! Un roman bouleversant, bien écrit, prenant qui nous promène de la Seconde Guerre mondiale aux années 1970 sur fond de drame familial. Lire la suite « Le confident – Hélène Grémillon »

Au fil de mes lectures

Clair de femme – Romain Gary

Gary« Je descendais du taxi et la heurtai, avec ses paquets, en ouvrant la portière : pain, oeufs, lait se répandirent sur le trottoir – et c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés, sous la petite pluie fine qui s’ennuyait. Elle devait avoir mon âge, à quelques années près. Un visage qui semblait avoir attendu les cheveux blancs pour réussir ce que la jeunesse et l’agrément des traits n’avaient fait qu’esquisser comme une promesse. Elle paraissait essouflée, comme si elle avait couru et craint d’arriver trop tard. Je ne crois pas aux pressentiments, mais il y a longtemps que j’ai perdu foi en mes incroyances. »

Certes, en commençant un roman de Romain Gary, je m’attendais à une bonne expérience littéraire, mais à ce point ! Certainement pas. Un superbe roman – ah, le style inimitable et si poétique de Gary ! – sur la vie, la mort, l’amour et la fidélité : l’amour que se portaient Michel et Yannik, la promesse que cet amour survive au décès de Yannik, même s’il doit pour cela se poursuivre à travers une autre femme : « la plus cruelle façon de m’oublier, ce serait de ne plus aimer« . Cette autre femme que Michel bouscule dans la rue, et à qui il va s’accrocher comme à une bouée de sauvetage afin de ne pas passer seul La Nuit, cette nuit au cours de laquelle Yannik va mourir. Lire la suite « Clair de femme – Romain Gary »

Presque rien...

Spleen – Charles Baudelaire

Boudin
Coup de vent devant Frascati – E. Boudin

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.