Étiquettes

, , ,

Kurian« Emma ne se trouvait à proprement parler ni belle, ni laide. Ou pour être plus juste, elle se jugeait, selon les angles et selon les moments, belle ou laide. Belle sous un certain profil d’une finesse de poupée de porcelaine : une peau blanche, un nez délicat et raffiné, de grands yeux abrités sous de longs cils noirs, des lèvres minces et rosées, un sourire gracieux montrant de petites dents blanches. Et laide sous un autre profil, car elle estimait ses pommettes trop pointues, son visage trop allongé, son menton trop carré. »

Premier roman d’Anne Kurian, « Le secret d’Emma M. » est un roman léger et profond à la fois, drôle et émouvant, qui mêle Hollywood et Chesterton, amitié, amour et blessure profonde. Lu cet été d’une seule traite, j’ai été plongée dans cette histoire si charmante que je n’interrompais ma lecture que pour aller chercher une autre glace dans le congélateur !

J’ai adoré les différents personnages qui entourent Emma : son meilleur ami David, avec qui elle communique par citations littéraires interposées et qui appartient comme elle « à cette lignée de l’humanité qui n’est pas faite pour régner mais pour contempler », le beau Colyn, idole de sa jeunesse et qu’elle va rencontrer par le plus grand des hasards, Diana, la peste indispensable à tout bon roman qui se respecte et tant d’autres.

Bien campés, sympathiques ou horripilants à souhait, ils entourent Emma dans sa vie et ses doutes, Anne Kurian croquant ses réussites et ses déconvenues dans un style vif et agréable à lire, maniant les intrigues et rebondissements avec finesse et humour.

Ne cherchez pas dans ce roman le moindre réalisme, la moindre satyre sociale ou un renouvellement d’un quelconque genre littéraire : Anne Kurian inscrit Emma avec brio dans la lignée de ces livres que l’on garde précieusement dans nos bibliothèques et qui finiront cornés à force d’avoir été lus et relus.

Le deuxième tome va bientôt paraitre et c’est avec énormément de plaisir que je retrouverai ces jeunes gens qui cheminent sous le regard discret et bienveillant de ce Dieu si cher à Emma et que Colyn va apprendre à connaître.

« Orson Welles pensait que si l’on souhaite une histoire qui se finisse bien, cela dépendait où l’on arrêtait le récit. Toutefois, la suite pourrait lui donner tort. Ou pas. »

Hâte !

Bonne lecture !

Anne Souris