Au fil de mes lectures

Les petits farceurs – Louis-Henri de La Rochefoucauld

« Il aurait dû apprendre à connaître les rouages de Paris, à défaut de la marche du monde. »

Cette phrase, lapidaire, relevée en cours de lecture, concentre en elle le destin de Paul Beuvron.

Paul est un de ces petits farceurs que Louis-Henri de La Rochefoucauld croque avec cynisme dans son roman. Retrouvé mort dès la première page (jubilatoire) du livre, sa vie est racontée par son ami d’études, Henri d’Estissac. Digne héritier de Rastignac et Bel-Ami, Paul va, comme Icare, se rapprocher du soleil avant de se brûler les ailes. Ayant coupé les ponts avec les siens, renié ses origines grenobloises, effacé son histoire, son seul but est de laisser une trace dans la littérature, être de ceux qui comptent « dans l’immense arène de Paris », comme la décrivait Balzac. Écrivain raté, il ne connaîtra le succès qu’incognito, comme prête-plume, et côtoiera les plus grands sans jamais réellement entrer dans leur cour.

Henri, lui, a préféré dès la fin de ses études végéter dans une revue de troisième classe, au passé glorieux mais au présent laborieux. Marié, père de famille, il assiste impuissant, toutes illusions perdues, à la descente aux enfers de Paul et se retrouve devoir écrire ce roman posthume, à partir des notes trouvées chez Paul.

Chronique féroce du milieu de l’édition parisien, mais également du magma politico-médiatique, « Les petits farceurs » m’a touchée de la première à la dernière page. Était-ce de l’empathie pour ces deux anti-héros nés la même année que moi ? Une forme de nostalgie de retrouver dans ces pages les lieux de mes études et l’ambiance de la montagne Sainte-Geneviève ? De la fascination pour cette intelligentsia véreuse et débauchée si satisfaite d’elle-même ?
Sans doute un mélange des trois qui rendit la compagnie de Paul et Henri fort agréable !

Bonne lecture !

Anne-Sophie

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