Au fil de mes lectures·Au pays des enfants

Les Doldrums – Nicholas Gannon

Gannon« Nous connaissons tous des filles et des garçons parfaits. Ils vivent dans des maisons parfaites, avec des parents parfaits. Ils sont parfaitement habillés, ont une démarche parfaite et mènent la vie la plus parfaitement parfaite. C’est parfaitement horrible. Ils sont parfaitement ennuyeux. Heureusement, cette histoire n’est pas celle d’un enfant parfait. C’est l’histoire d’Archer Benjamin Helmsley. »

Un garçon de 11 ans, petit-fils d’explorateurs célèbres portés disparus sur un iceberg en plein milieu de l’Antarctique et vivant dans une maison emplie d’animaux empaillés, un autre garçon, son voisin, issu d’une famille excentrique légèrement loufoque et follement sympathique et une petite fille, ex-petit rat de l’opéra unijambiste, décident de fuir de chez eux pour partir à la recherche desdits grands-parents et embarquer comme passagers clandestins sur le premier cargo en partance pour le Pôle Sud.

Bien évidemment, à ce stade de l’article, tout lecteur sensé devrait froncer les sourcils et quitter ce blog en se demandant ce qui a bien pu passer par la tête de la chroniqueuse lorsqu’elle a décidé de recommander ce livre pour les plus jeunes des lecteurs. Lire la suite « Les Doldrums – Nicholas Gannon »

Au fil de mes lectures

Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases – Philippe Delerm

Delerm« Et vous avez eu beau temps ? »

C’est par cette question d’une banalité absolue que s’ouvre le dernier Delerm et que le lecteur plonge dans une série de courts chapitres épinglant les uns après les autres nos travers et les lieux communs de nos conversations.

« Je me suis permis… Ca finit quand ?… On l’a vu dans quoi, déjà ?… C’est pas pour dire mais… »

A son habitude, Philippe Delerm porte un regard à la fois tendre et cynique sur ses contemporains, saisissant au gré de ses promenades et de son quotidien nos failles et rodomontades. Chacun s’y retrouvera, chaque anecdote résonne familièrement à notre oreille et l’on se prend à sourire au souvenir de telle conversation ou tel autre débat, au cours duquel une de ces petites phrases nous aura échappé. « Il est peu de douleurs plus cruelles que d’être quitté par qui l’on aime. A cet irréductible chagrin, encore faut-il ajouter le questionnement de ceux qui viennent déposer une pincée de sel sur la blessure toute fraîche en demandant : « Et tu n’as rien senti venir ? » »

Nulle prétention à éblouir le lecteur par des envolées lyriques, nul besoin de grosses ficelles littéraires commerciales pour appâter le chaland : un style excellent, simple et concis, un œil acéré et une immense tendresse pour ses contemporains, telle est le secret du succès de Philippe Delerm et la raison pour laquelle c’est à chaque fois un immense bonheur de le retrouver et de l’accompagner dans ses pérégrinations.

« Constatons simplement que bien des tutoiements ne correspondent à aucune proximité réelle, relèvent souvent d’une camaraderie superficielle, sans estime supplémentaire. Il y a toutefois des familiarités qui vont aussi vers la tendresse. Mais elle n’existe pas, cette phrase délicieuse qui reflèterait l’apogée de la délicatesse : – On pourrait peut-être continuer à se vouvoyer ? »

Bonne lecture !

Anne Souris

Au fil de mes lectures·Au pays des enfants

Le ciel nous appartient – Katherine Rundell

Rundell » Au matin de son premier anniversaire, un bébé fut découvert dans un étui à violoncelle, flottant au beau milieu de la Manche. C’était le seul être vivant à des kilomètres à la ronde. Le bébé, quelques chaises et la proue d’un bateau sombrant dans l’océan : rien d’autre à l’horizon.« 

Un petit bijou. Ce roman de Katherine Rundell, une fois lu, ne vous quittera pas pendant un moment et séduira aussi bien les enfants que leurs parents. Lire la suite « Le ciel nous appartient – Katherine Rundell »

Au fil de mes lectures

La chorale des dames de Chilbury – Jennifer Ryan

Ryan.jpg« Premier enterrement de la guerre, et la chorale de notre petit village n’a même pas été capable de chanter juste. Les mots « Saint, saint, saint » se sont envolés comme s’ils étaient pépiés par une volée de moineaux poussifs.La faute n’en était pas à la guerre, ni à ce jeune chenapan d’Edmund Winthrop, coulé par une torpille dans son sous-marin, ni même à la direction désastreuse du pasteur. Non : nous donnions là l’ultime prestation de la chorale de Chilbury. Notre chant du cygne. »

Un vrai coup de cœur pour la si jolie couverture de ce roman publié chez Albin Michel, puis un coup de cœur pour l’histoire, voilà deux raisons plus que suffisantes pour vous recommander chaudement cet excellent roman de Jennifer Ryan. Lire la suite « La chorale des dames de Chilbury – Jennifer Ryan »

Au fil de mes lectures

Casimir mène la grande vie – Jean d’Ormesson

dOrmesson3« Vous vous demandez peut-être, je vous entends d’ici, c’est une manie chez vous, pourquoi j’écris ce livre. Je vous donnerai, pour le même prix, deux réponses au lieu d’une. Première réponse : je vous emmerde. Voilà une bonne chose de faite. J’espère qu’elle vous monte à la gorge et qu’elle vous en bouche un coin. Deuxième et dernière réponse et, s’il vous plaît, n’y revenez pas : j’écris ce livre parce que mon grand-père m’a demandé de l’écrire. C’est la meilleure des raisons. »

Excellent, excellentissime Jean d’Ormesson, qui sait à chaque fois nous trouver là où nous l’attendons le moins ! Comme sa plume me manque, son ironie mordante, son regard si détaché et pourtant profondément charitable sur le monde. Lui seul était capable d’aimer aussi profondément le genre humain tout en percevant de manière parfaitement lucide tous ses petits travers, ses lâchetés, ses petitesses. Lire la suite « Casimir mène la grande vie – Jean d’Ormesson »

Au fil de mes lectures·La vie des autres

Les mains du miracle – Joseph Kessel

Kessel« Himmler s’est suicidé près de Brême, en mai 1945, au cours de ce printemps où l’Europe ravagée, suppliciée,connut enfin la délivrance. Si l’on compte seulement les années, cette époque est encore proche de nous. Mais tant d’événements, depuis, se sont accumulés, si graves, qu’elle semble déjà très lointaine.« 

Voilà un livre, chères petites souris, qu’un grand nombre de personnes me recommandait de lire depuis un certain temps, Mari Chéri en tête. En repos forcé pour quelques jours, et profitant d’un temps absolument superbe, je me suis installée à la terrasse d’un café parisien et ai littéralement dévoré cet excellentissime roman en 2h30 ! Lire la suite « Les mains du miracle – Joseph Kessel »

Au fil de mes lectures

Poste restante à Locmaria – Lorraine Fouchet

Fouchet« Il l’aperçoit à la terrasse du Caffe Rosati et c’est l’été, bien qu’on soit en avril. Elle est seule devant un espresso. Il n’aime plus dormir depuis qu’ils sont ensemble, parce qu’ils sont séparés lorsqu’il rêve. Elle a littéralement kidnappé son coeur. Ce jour-là, elle porte une robe orange, sa couleur favorite – il voit la vie en orange désormais. Elle entoure sa tasse de ses mains d’un geste si sensuel qu’il envie la porcelaine. » Lire la suite « Poste restante à Locmaria – Lorraine Fouchet »

Au fil de mes lectures·La liste de mes ennuis

L’ordre du jour – Eric Vuillard

vuillard« Nous sommes un lundi, la ville remue derrière son écran de brouillard. Les gens se rendent au travail comme les autres jours, ils prennent le tram, l’autobus, se faufilent vers l’impériale, puis rêvassent dans le grand froid. Mais le 20 février de cette année-là ne fut pas une date comme les autres. Pourtant, la plupart passèrent leur matinée à bûcher, plongés dans ce grand mensonge décent du travail, avec ces petits gestes où se concentre une vérité muette, convenable, et où toute l’épopée de notre existence se résume en une pantomime diligente. La journée s’écoula ainsi, paisible, normale. Et pendant que chacun faisait la navette entre la maison et l’usine, entre le marché et la petite cour où l’on pend le linge, puis, le soir, entre le bureau et le troquet, et enfin rentrait chez soi, bien loin du travail décent, bien loin de la vie familière, au bord de la Spree, des messieurs sortaient de voiture devant un palais. « 

Comme tout régime politique – dictatorial qui plus est -, le IIIe Reich a fondé son image sur une propagande soigneusement construite et un discours officiel parfaitement huilé. Mais derrière cette façade pour l’Histoire, et peut-être encore plus que pour d’autres régimes, ce ne furent au début que cafouillages, intrigues, vulgaires négociations pour asseoir l’autorité d’Hitler et lui permettre de mener à bien sa prise du pouvoir. Lire la suite « L’ordre du jour – Eric Vuillard »

Au fil de mes lectures·Au pays des enfants

Vango – Timothée de Fombelle

Fombelle » Paris, avril 1934. Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé. On croyait voir un champ de neige. Les hirondelles frôlaient les corps en sifflant. Ils étaient des milliers à regarder ce spectacle. Notre-Dame de Paris étendait son ombre sur la foule assemblée. Soudain, tout autour, la ville parut se recueillir. Vango avait le front contre la pierre. Il écoutait sa propre respiration. Il pensait à la vie qui l’avait conduit ici. Pour une fois, il n’avait pas peur. Il pensait à la mer, au vent salé, à quelques voix, quelques visages, aux larmes chaudes de celle qui l’avait élevé. La pluie tombait maintenant sur le parvis mais Vango n’en savait rien. Allongé par terre au milieu de ses compagnons, il ne regardait pas fleurir l’un après l’autre les parapluies. Vango ne voyait pas la foule des Parisiens réunis, les familles endimanchées, la dévotion des vieilles dames, les enfants qui passaient sous les jambes, les pigeons engourdis, la danse des hirondelles, les badauds debout sur les fiacres, ni les yeux verts, là, sur le côté, qui ne regardaient que lui.« 

Il est des livres comme des êtres humains : l’immense majorité nous plaît bien, certains nous ennuient, d’autres nous énervent. Quelques-uns – rares heureusement – nous laissent parfaitement indifférents et nous serions bien en peine de nous rappeler quoique ce soit à leur sujet. D’autres enfin – tout aussi rares – nous marquent profondément. La rencontre avec eux tient du coup de foudre et nous savons à la minute où nous les rencontrons qu’ils nous accompagneront toute notre vie. Lire la suite « Vango – Timothée de Fombelle »

Au fil de mes lectures·Au pays des enfants

On nous a coupé les ailes – Fred Bernard

« Août 1899. EphémèBernardres, moucherons, moustiques, guêpes, libellules, des centaines d’insectes tournoient autour de nous pour échapper aux attaques des oiseaux. On rit comme des tordus au bord de l’étang. […] Le lundi 5 octobre 1914. J’ignore ce que l’on sert aux officiers, Maman, mais mon ventre crie souvent famine ici. »

En cette dernière année de centenaire de la Grande Guerre, voici un très joli album à mettre entre les mains de vos enfants si vous souhaitez les sensibiliser à cette période de l’Histoire. Lire la suite « On nous a coupé les ailes – Fred Bernard »