Au fil de mes lectures

Le secret d’Emma M. – Anne Kurian

Kurian« Emma ne se trouvait à proprement parler ni belle, ni laide. Ou pour être plus juste, elle se jugeait, selon les angles et selon les moments, belle ou laide. Belle sous un certain profil d’une finesse de poupée de porcelaine : une peau blanche, un nez délicat et raffiné, de grands yeux abrités sous de longs cils noirs, des lèvres minces et rosées, un sourire gracieux montrant de petites dents blanches. Et laide sous un autre profil, car elle estimait ses pommettes trop pointues, son visage trop allongé, son menton trop carré. »

Premier roman d’Anne Kurian, « Le secret d’Emma M. » est un roman léger et profond à la fois, drôle et émouvant, qui mêle Hollywood et Chesterton, amitié, amour et blessure profonde. Lu cet été d’une seule traite, j’ai été plongée dans cette histoire si charmante que je n’interrompais ma lecture que pour aller chercher une autre glace dans le congélateur ! Lire la suite « Le secret d’Emma M. – Anne Kurian »

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Cosme – Guillaume Meurice

Meurice« Dans ce minuscule appartement aux volets clos, le silence opère. Quelques mètres carrés au rez-de-chaussée d’un immeuble des beaux quartiers. Une ancienne loge de concierge, recluse derrière les portes d’un grand hall lumineux aux boiseries vernies et au marbre étincelant. Passé le seuil, surgissant de l’obscurité, des yeux. Identiques. Des centaines. Collés au plafond. Un même oeil photographié sur autant de cartes postales fixées côte à côte. L’observateur est observé. »

Cosme, c’est Cosme Olvera, jeune homme paumé et réfléchi, passionné de littérature et tête brûlée, voyou et poète, brillant joueur d’échecs  et cryptographe pour l’armée. Un condensé de traits de caractère contradictoire, une énergie extrême et une extrême sensibilité. Un jeune homme capable de braquer un magasin et d’écrire mieux que personne des vers dans lesquels jaillissent tout ce qu’il ne peut plus contenir. Lire la suite « Cosme – Guillaume Meurice »

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La disparue du Venezuela – Diane Kanbalz

Capture d_écran 2018-07-22 à 21.07.23« La saison est particulièrement chaude cette année, avec des températures frôlant les trente-cinq degrés. La puanteur aigre des barrios s’accroche aux flancs des coteaux, le goudron mollit sous les pas et des cafards longs comme des doigts envahissent les rues, fuyant les canalisations brûlantes. Pour un mois de décembre, c’est plutôt rare. La montagne Avila ne suffit plus à atténuer la canicule qui s’entasse au fond de la vallée et les habitants de Caracas, hébétés, n’en peuvent plus d’attendre que la fraîcheur hivernale chasse les haleines fétides de l’été.« 

Prêté par une amie, ce roman sort – vous l’aurez sans doute remarqué – de mes lectures habituelles mais je ne regrette pas une minute d’être sortie de ma zone de confort tant cet excellent polar m’a tenue en haleine et passionnée. Lire la suite « La disparue du Venezuela – Diane Kanbalz »

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Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases – Philippe Delerm

Delerm« Et vous avez eu beau temps ? »

C’est par cette question d’une banalité absolue que s’ouvre le dernier Delerm et que le lecteur plonge dans une série de courts chapitres épinglant les uns après les autres nos travers et les lieux communs de nos conversations.

« Je me suis permis… Ca finit quand ?… On l’a vu dans quoi, déjà ?… C’est pas pour dire mais… »

A son habitude, Philippe Delerm porte un regard à la fois tendre et cynique sur ses contemporains, saisissant au gré de ses promenades et de son quotidien nos failles et rodomontades. Chacun s’y retrouvera, chaque anecdote résonne familièrement à notre oreille et l’on se prend à sourire au souvenir de telle conversation ou tel autre débat, au cours duquel une de ces petites phrases nous aura échappé. « Il est peu de douleurs plus cruelles que d’être quitté par qui l’on aime. A cet irréductible chagrin, encore faut-il ajouter le questionnement de ceux qui viennent déposer une pincée de sel sur la blessure toute fraîche en demandant : « Et tu n’as rien senti venir ? » »

Nulle prétention à éblouir le lecteur par des envolées lyriques, nul besoin de grosses ficelles littéraires commerciales pour appâter le chaland : un style excellent, simple et concis, un œil acéré et une immense tendresse pour ses contemporains, telle est le secret du succès de Philippe Delerm et la raison pour laquelle c’est à chaque fois un immense bonheur de le retrouver et de l’accompagner dans ses pérégrinations.

« Constatons simplement que bien des tutoiements ne correspondent à aucune proximité réelle, relèvent souvent d’une camaraderie superficielle, sans estime supplémentaire. Il y a toutefois des familiarités qui vont aussi vers la tendresse. Mais elle n’existe pas, cette phrase délicieuse qui reflèterait l’apogée de la délicatesse : – On pourrait peut-être continuer à se vouvoyer ? »

Bonne lecture !

Anne Souris

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Casimir mène la grande vie – Jean d’Ormesson

dOrmesson3« Vous vous demandez peut-être, je vous entends d’ici, c’est une manie chez vous, pourquoi j’écris ce livre. Je vous donnerai, pour le même prix, deux réponses au lieu d’une. Première réponse : je vous emmerde. Voilà une bonne chose de faite. J’espère qu’elle vous monte à la gorge et qu’elle vous en bouche un coin. Deuxième et dernière réponse et, s’il vous plaît, n’y revenez pas : j’écris ce livre parce que mon grand-père m’a demandé de l’écrire. C’est la meilleure des raisons. »

Excellent, excellentissime Jean d’Ormesson, qui sait à chaque fois nous trouver là où nous l’attendons le moins ! Comme sa plume me manque, son ironie mordante, son regard si détaché et pourtant profondément charitable sur le monde. Lui seul était capable d’aimer aussi profondément le genre humain tout en percevant de manière parfaitement lucide tous ses petits travers, ses lâchetés, ses petitesses. Lire la suite « Casimir mène la grande vie – Jean d’Ormesson »

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Poste restante à Locmaria – Lorraine Fouchet

Fouchet« Il l’aperçoit à la terrasse du Caffe Rosati et c’est l’été, bien qu’on soit en avril. Elle est seule devant un espresso. Il n’aime plus dormir depuis qu’ils sont ensemble, parce qu’ils sont séparés lorsqu’il rêve. Elle a littéralement kidnappé son coeur. Ce jour-là, elle porte une robe orange, sa couleur favorite – il voit la vie en orange désormais. Elle entoure sa tasse de ses mains d’un geste si sensuel qu’il envie la porcelaine. » Lire la suite « Poste restante à Locmaria – Lorraine Fouchet »

Au fil de mes lectures

Le Club des vieux garçons – Louis-Henri de La Rochefoucauld

« Une étudiante oubliée du siècle passé, Simone de Beauvoir, avait commis en 1958 une dissertation intitulée Mémoires d’une jeune fille rangée. Le niveau en était piètre. Au risque de lui défriser le chignon, j’ose affirmer, moi, François de Rupignac, qu’il est plus urgent de lire mes Mémoires d’un vieux garçon pas si rangé que ça. « On ne naît pas vieux garçon, on le devient. » : il faudrait avoir une chauve-souris dans le beffroi pour affirmer une énormité pareille. Avant de dérouler mes confessions avec le sérieux d’un moine-copiste, j’aime imaginer ce dialogue entre ma mère et la sage-femme, dans cette maternité catholique où j’ai vu le jour un matin de mars 1985… »

Un vieux garçon vieillot, plein d’une morgue aristocratique légèrement antipathique, dont les connaissances se limitent peu ou prou aux exploits de ses ancêtres et à la connaissance in extenso du Bottin Mondain, décide d’occuper ses nuits en rassemblant autour de lui des membres de la gent masculine ayant juré de terminer leurs jours vieux garçons. Lire la suite « Le Club des vieux garçons – Louis-Henri de La Rochefoucauld »

Au fil de mes lectures·La vie des autres

Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

AzoulaiBonjour bonjour !

Me voilà de retour, après quasiment trois mois de silence… Peu de lectures pendant tout ce temps, et pour cause ! La fatigue des deux derniers mois de grossesse avec mes trois petits monstres, puis l’arrivée de notre dernière merveille il y a un mois exactement aujourd’hui ont eu raison de mes envies de lire ! Mais le rythme familial commence à s’installer et ma dernière virée chez le libraire ayant été fructueuse, elle m’a motivée à replonger dans un bon roman. Voici donc le résultat de mes derniers jours de lecture ! Lire la suite « Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai »

Au fil de mes lectures

Un profil perdu – Françoise Sagan

Sagan« La soirée se passait chez Alfern, un médecin mondain, et j’avais beaucoup hésité à m’y rendre. L’après-midi que je venais de vivre avec Alan, mon mari, un après-midi qui condamnait quatre ans d’amour, de coups, de tendresse et de révoltes, cet après-midi, j’aurais préféré le finir dans les bras de Morphée ou dans ceux de l’ivresse. Mais en tout cas, seule. Bien entendu, en excellent masochiste qu’il était, Alan avait insisté pour que nous allions à cette soirée. Il avait repris son beau visage et il souriait quand on lui demandait ce que devenait le couple le plus uni de Paris.« 

Figurez-vous, chers rongeurs divers et variés, qu’en dehors du roman Bonjour Tristesse, je n’avais jamais rien lu de Sagan – alors même que ce dernier m’avait énormément plu, à l’époque de mes 17 ans… Voilà une erreur réparée, à ma plus grande satisfaction !

Si le terme de roman initiatique est trop fort, Un profil perdu est tout de même la chronique d’une naissance, ou plutôt d’une renaissance à soi et au monde, celle de Josée, qui devra renoncer à sa confondante naïveté et s’affranchir du regard des autres pour réussir à construire sa vie : « je me sentais sauvée. Sauvée d’un danger imprécis et sans relief mais qui par là me semblait à présent mille fois plus grave que tous les dangers que j’avais pu connaître : j’avais failli me prendre au sérieux, appartenir à des gens sans les aimer, j’avais failli m’ennuyer et appeler cet ennui autrement que par son nom« . Lire la suite « Un profil perdu – Françoise Sagan »

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L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – Romain Puértolas

Puertolas« Le premier mot que prononça l’Indien Ajatashatru Lavash Patel en arrivant en France fut un mot suédois. Un comble ! Ikea. Voilà ce qu’il prononça à mi-voix. Cela dit, il referma la porte de la vieille Mercedes rouge et patienta, les mains posées comme un enfant sage sur ses genoux soyeux. Le conducteur de taxi, qui n’était pas sûr d’avoir bien entendu, se retourna vers son client, ce qui eut pour effet de faire craquer les petites billes en bois de son couvre-siège. Il vit sur la banquette arrière de son véhicule un homme d’âge moyen, grand, sec et noueux comme un arbre, le visage mat et barré d’une gigantesque moustache.« 

Voilà un livre qui ne me tentait vraiment pas et que j’avais évité de lire pendant un certain temps : et bien, j’ai eu tort ! Voilà un très bon roman bien plus sérieux que ne peut le laisser penser son titre fantaisiste. Lire la suite « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – Romain Puértolas »