« Emma ne se trouvait à proprement parler ni belle, ni laide. Ou pour être plus juste, elle se jugeait, selon les angles et selon les moments, belle ou laide. Belle sous un certain profil d’une finesse de poupée de porcelaine : une peau blanche, un nez délicat et raffiné, de grands yeux abrités sous de longs cils noirs, des lèvres minces et rosées, un sourire gracieux montrant de petites dents blanches. Et laide sous un autre profil, car elle estimait ses pommettes trop pointues, son visage trop allongé, son menton trop carré. »
Premier roman d’Anne Kurian, « Le secret d’Emma M. » est un roman léger et profond à la fois, drôle et émouvant, qui mêle Hollywood et Chesterton, amitié, amour et blessure profonde. Lu cet été d’une seule traite, j’ai été plongée dans cette histoire si charmante que je n’interrompais ma lecture que pour aller chercher une autre glace dans le congélateur ! Lire la suite « Le secret d’Emma M. – Anne Kurian »

« Dans ce minuscule appartement aux volets clos, le silence opère. Quelques mètres carrés au rez-de-chaussée d’un immeuble des beaux quartiers. Une ancienne loge de concierge, recluse derrière les portes d’un grand hall lumineux aux boiseries vernies et au marbre étincelant. Passé le seuil, surgissant de l’obscurité, des yeux. Identiques. Des centaines. Collés au plafond. Un même oeil photographié sur autant de cartes postales fixées côte à côte. L’observateur est observé. »
« La saison est particulièrement chaude cette année, avec des températures frôlant les trente-cinq degrés. La puanteur aigre des barrios s’accroche aux flancs des coteaux, le goudron mollit sous les pas et des cafards longs comme des doigts envahissent les rues, fuyant les canalisations brûlantes. Pour un mois de décembre, c’est plutôt rare. La montagne Avila ne suffit plus à atténuer la canicule qui s’entasse au fond de la vallée et les habitants de Caracas, hébétés, n’en peuvent plus d’attendre que la fraîcheur hivernale chasse les haleines fétides de l’été.«
« Et vous avez eu beau temps ? »
« Vous vous demandez peut-être, je vous entends d’ici, c’est une manie chez vous, pourquoi j’écris ce livre. Je vous donnerai, pour le même prix, deux réponses au lieu d’une. Première réponse : je vous emmerde. Voilà une bonne chose de faite. J’espère qu’elle vous monte à la gorge et qu’elle vous en bouche un coin. Deuxième et dernière réponse et, s’il vous plaît, n’y revenez pas : j’écris ce livre parce que mon grand-père m’a demandé de l’écrire. C’est la meilleure des raisons. »
« Il l’aperçoit à la terrasse du Caffe Rosati et c’est l’été, bien qu’on soit en avril. Elle est seule devant un espresso. Il n’aime plus dormir depuis qu’ils sont ensemble, parce qu’ils sont séparés lorsqu’il rêve. Elle a littéralement kidnappé son coeur. Ce jour-là, elle porte une robe orange, sa couleur favorite – il voit la vie en orange désormais. Elle entoure sa tasse de ses mains d’un geste si sensuel qu’il envie la porcelaine. » 


