« Dans ce minuscule appartement aux volets clos, le silence opère. Quelques mètres carrés au rez-de-chaussée d’un immeuble des beaux quartiers. Une ancienne loge de concierge, recluse derrière les portes d’un grand hall lumineux aux boiseries vernies et au marbre étincelant. Passé le seuil, surgissant de l’obscurité, des yeux. Identiques. Des centaines. Collés au plafond. Un même oeil photographié sur autant de cartes postales fixées côte à côte. L’observateur est observé. »
Cosme, c’est Cosme Olvera, jeune homme paumé et réfléchi, passionné de littérature et tête brûlée, voyou et poète, brillant joueur d’échecs et cryptographe pour l’armée. Un condensé de traits de caractère contradictoire, une énergie extrême et une extrême sensibilité. Un jeune homme capable de braquer un magasin et d’écrire mieux que personne des vers dans lesquels jaillissent tout ce qu’il ne peut plus contenir. Lire la suite « Cosme – Guillaume Meurice »

« Dans une cage suspendue à côté de la porte, un perroquet vert et jaune n’arrêtait pas de répéter : » – Allez-vous en ! Allez-vous en ! Tout va bien ! » Il parlait un peu l’espagnol, , et aussi une langue que personne ne comprenait, sauf peut-être l’oiseau moqueur qui, dans une cage accrochée de l’autre côté de la porte, sifflait à la brise ses notes flûtées avec une obstination exaspérante. Monsieur Pontellier, qui ne pouvait pas lire son journal en paix, se leva et poussa une exclamation, une expression de dégoût sur le visage.«
« La saison est particulièrement chaude cette année, avec des températures frôlant les trente-cinq degrés. La puanteur aigre des barrios s’accroche aux flancs des coteaux, le goudron mollit sous les pas et des cafards longs comme des doigts envahissent les rues, fuyant les canalisations brûlantes. Pour un mois de décembre, c’est plutôt rare. La montagne Avila ne suffit plus à atténuer la canicule qui s’entasse au fond de la vallée et les habitants de Caracas, hébétés, n’en peuvent plus d’attendre que la fraîcheur hivernale chasse les haleines fétides de l’été.«
« Dans le passé, on est comme en pays étranger, dit-on. Les choses s’y font différemment. Sans doute est-ce vrai en ce qui concerne la morale, les mœurs, le rôle des femmes, le type de gouvernement, et bien d’autres aspects de notre vie quotidienne. Mais il existe aussi des similitudes. L’ambition, l’envie, la rage, la cupidité, la gentillesse, l’altruisme, et plus encore l’amour, ont toujours eu une influence déterminante sur nos choix, hier comme aujourd’hui. Voici l’histoire de personnages qui vécurent il y a deux siècles ; pourtant les désirs, rejets et passions qui les animèrent ressemblent pour beaucoup aux nôtres, tels que nous sommes, dans l’époque où nous vivons. »
Célestine, Léonore, Lucille ou Blanche… Vos héroïnes sont toutes des jeunes filles ou jeunes femmes à forte personnalité, qui n’hésitent pas à prendre en main leur destin. Souhaitez-vous ainsi passer un message à vos lectrices ?
« Nous connaissons tous des filles et des garçons parfaits. Ils vivent dans des maisons parfaites, avec des parents parfaits. Ils sont parfaitement habillés, ont une démarche parfaite et mènent la vie la plus parfaitement parfaite. C’est parfaitement horrible. Ils sont parfaitement ennuyeux. Heureusement, cette histoire n’est pas celle d’un enfant parfait. C’est l’histoire d’Archer Benjamin Helmsley. »
« Et vous avez eu beau temps ? »
» Au matin de son premier anniversaire, un bébé fut découvert dans un étui à violoncelle, flottant au beau milieu de la Manche. C’était le seul être vivant à des kilomètres à la ronde. Le bébé, quelques chaises et la proue d’un bateau sombrant dans l’océan : rien d’autre à l’horizon.«
« Premier enterrement de la guerre, et la chorale de notre petit village n’a même pas été capable de chanter juste. Les mots « Saint, saint, saint » se sont envolés comme s’ils étaient pépiés par une volée de moineaux poussifs.La faute n’en était pas à la guerre, ni à ce jeune chenapan d’Edmund Winthrop, coulé par une torpille dans son sous-marin, ni même à la direction désastreuse du pasteur. Non : nous donnions là l’ultime prestation de la chorale de Chilbury. Notre chant du cygne. »